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FRANÇOIS THOMASSET DIT L'ARTISTE, MÉCANICIEN ET INVENTEUR EN BOURBONNAIS

FRANÇOIS THOMASSET DIT L'ARTISTE, MÉCANICIEN ET INVENTEUR EN BOURBONNAIS
François Thomasset dans le journal l'Impartial du 7 janvier 1958

Sorbier, 11 novembre 2015  par Patrick Clot.

C'est à Peublanc entre la rivière le Graveron et la Tuilerie que Catherine née Gouthéraud, épouse de Pierre Thomasset, donna le jour le 22 janvier 1894 à François Thomasset. 


Pierre était employé au Tacot comme mécanicien avec " l'autorisation de le conduire ". Il a commencé sa carrière à Sorbier et il la terminera à Montmarault. C'est sans doute en suivant son père que le jeune François attrapa le virus de la mécanique et celui de la bicyclette... Il n'était pas rare de le voir faire la course avec le train et de l'entendre crier :  " Il n'avance pas ce tacot ! ." 

Rapidement le couple s'installa à Montcombroux dans une maison située dans la Grande Rue, Pierre Thomasset continuait à travailler pour les chemins de fer et François grandissait. 

Arrivé à l'âge de l'adolescence il a été engagé comme apprenti mécanicien à Le Donjon au lieu dit de L’Épine...  François était perfectionniste, il avait toujours "un train d'avance " pour perfectionner un système et améliorer une idée pour qu'elle devienne une réalité mécanique. C'était le bon vieux temps, le temps des jours heureux. 

Car en Europe, les nations bougeaient, les nations se livraient à une folle course aux armements, " presque   tous les Etats européens souhaitent la guerre : La France veut sa revanche de la guerre de 1870 et reprendre l'Alscace-Lorraine, le Royaume-Uni lorgne vers les colonies allemandes d'Afrique et se méfie de sa nouvelle flotte de guerre, l'Allemagne industrielle est prise en étau face aux puissances libérales et craint pour son approvisionnement en matières premières car elle n'a que très peu de colonies, l'Italie veut prendre les "terres irrédentes" à l'Autriche-Hongrie, l'Autriche-Hongrie est déchirée entre ses différentes nationalités et espère par une victoire militaire retrouver son prestige, l'Empire ottoman n'a pas d'autre choix que de combattre pour ne pas finir comme une colonie des européens, et la Russie, enfin, craint une révolution et croit trouver dans la guerre sa survie."

Les Nations s'engouffraient inexorablement dans les ténèbres d'une guerre qui allait durer quatre années. Mais ça on ne le savait pas encore. Comme on ne savait pas que beaucoup de leurs enfants rentreraient plus...      

C'est dans ce contexte de cet fin de siècle historique (1815 -1914) que François fut mobilisé et incorporé au 81e Régiment d'Infanterie de ligne, ce prestigieux régiment né en 1684 le mènera jusqu'en 1918 dans les confins de l'horreur des tranchées de Verdun... François Thomasset passera ces quatre années au front.

Il racontera plus tard à ses proches, lors de veillées, ce qu'il se passa pour lui et ses compagnons où régnait l'instinct de survie, le sens du Devoir, et  l'obligation de survivre pour le remplir.

A chaque instant, la Camarde, la Faucheuse était au rendez-vous et tissait son tapis de sang, de cadavres emmaillotés dans un uniforme au fond des tranchées. François Thomasset devait les enjamber et au péril de sa vie, il apportait de l'eau à ses compagnons blessés.

Un soir de clair de lune, un officier allemand le mit en joue, il menaçait de tirer avec son pistolet, Thomasset fit le mort,  l'Allemand partit le croyant déjà mort.

Mais l'intelligence de François n'était pas morte, et elle était toujours accompagnée de ses connaissances indemnes en mécanique. Un jour un officier a demandé à un groupe de soldats d'inventer quelque chose pour protéger la culasse des fusils-mitrailleurs car les culasses subissaient les éclaboussures de terre et d'eau.  Il s’annonça et résolut le problème comme il inventa le pare-flamme du fusil-mitrailleur. C'était une parenthèse, un moment de répit pendant la guerre.
Carnet de pension de François Thomasset 1948

Après avoir vécu ces horreurs et après  avoir subi  maintes fois le souffle des explosions des obus, François Thomasset revint  à la vie civile diminué. La France l'a honoré  par deux médailles , la médaille de Verdun et La médaille Interalliés (médaille de la Victoire) et lui a octroyé une pension à vie.

Malgré tout, après la guerre, "la Der des Ders ",  la dernière des dernières guerres, il a travaillé chez Manufrance où il voulait améliorer les freins des vélos Hirondelle -  ce fameux vélo fabriqué de 1900 à 1960 et qui a été notamment utilisé par les brigades cyclistes de la police de Paris jusqu'en 1984 - bien mal lui en a pris, car il a été licencié par Manufrance. Il quitta donc la ville de Saint-Etienne pour revenir dans l'Allier où il a travaillé comme mécanicien  dans une entreprise qui réparait les batteuses.

Vers la fin des années 1930, il s'est installé dans la maison familiale de Montcombroux. Il y tenait un atelier de réparation de bicyclettes. Et parmi ses autres occupations, il sculptait et créait. Parmi ses créations , on peut citer une véranda  ronde  construite en acier et entourée de verre et qui tournait sur un axe ou ce fameux alambique dont la facture est digne d'un Chef-d'œuvre d'un Compagnon du devoir.

L'alambic de François Thomasset

François Thomasset a tiré sa révérence le 8 décembre 1962 à Yzeure, emportant avec lui sa part de mystère et ses secrets.

Sur le même sujet : Famille Thomasset